Pied creux de l'enfant
I. GÉNÉRALITÉS :
Le pied creux est caractérisé par une augmentation du cavus interne, avec rapprochement des points d’appuis antérieur et postérieur.
On distingue trois types de pied creux :
- le pied creux antérieur, avec une verticalisation de la palette métatarsienne
- le pied creux postérieur, avec une verticalisation du calcanéus
- le pied creux mixte
Chez l’enfant, le pied creux est dans 80 % des cas d’origine neurologique.
II. ÉTIOLOGIES ET FACTEURS FAVORISANTS :
- une hérédo-dégénérescence spino-cérébelleuse, avec :
- la maladie de Friedreich qui est un syndrome pyramidal associé à un syndrome cérébelleux. C’est une pathologie neurologique centrale. On retrouvera donc des troubles de la motricité, des troubles cérébelleux et des troubles trophiques. Le signe de Babinsky sera positif, et il y aura aussi une abolition des ROT. Les pieds creux sont en général bilatéraux et symétriques.
- la maladie de Charcot Marie Tooth qui est une amyotrophie neurologique périphérique héréditaire avec atteinte de la loge antéro-latérale et postérieure de la jambe. On retrouvera une paralysie flasque.
- une anomalie displasique du rachis lombo-sacré, avec :
- spina-bifida, qui est une atteinte périphérique et qui correspond à une anomalie de fermeture de l’arc neural (tache pileuse au niveau du rachis lombaire).
- une affection neurologique ou musculaire, avec :
- myopathie, qui est une dystrophie musculaire progressive. C’est une maladie héréditaire avec atteinte des cellules musculaires qui entraîne des déficits moteurs associés à des rétractions aponévrotiques.
- séquelle de poliomyélite qui est une infection du système nerveux par un virus qui donne une atteinte de la corne antérieure de la moelle (donc atteinte motrice). Elle donne des paralysies diffuses bilatérales et asymétriques donnant des troubles de la croissance.
III. TABLEAU CLINIQUE :
· Description du pied en décharge :
- Présence de griffes d’orteils :
- Surtout pour les PC antérieurs, mais pas pour les PC postérieurs ou mixtes
- Elles sont plus ou moins réductibles
- Présence d’une voussure dorsale :
- Elle est visible et palpable
- Possibilité d’une tuméfaction si conflit avec le chaussant
- Localisée au niveau de Lisfranc pour le PC antérieur
- Localisée au niveau de Chopart pour les PC postérieurs ou mixtes
- Présence d’une dénivellation résiduelle :
- Elle correspond à la distance entre les plans talonniers antérieur et postérieur, lorsque la talo-crurale est à 90°, et, après réduction.
- Elle est présente pour les PC antérieurs (supérieure à 1 cm) et correspond à une verticalisation de la palette métatarsienne. Cette dénivellation résiduelle peut être présente uniquement en interne.
- Elle est absente pour les PC postérieurs et mixtes, par compensation entre la verticalisation du calcanéus et celle des métatarsiens.
· Description du pied en charge :
- Vue de profil interne :
- Augmentation du cavus dont le sommet peut se trouver au niveau de Lisfranc ou de Chopart suivant le type de pied creux
- La hauteur du processus naviculaire est augmentée
- La hauteur sous tégumentaire est augmentée
- L’angle méta/sol est augmenté
- Verticalisation du calcanéus : décollement de la partie antérieure du talon
- Vue de profil externe :
- Possibilité d’un décollement de la styloïde du 5ème métatarsien
- Existence d’une arche externe
- Vue de face :
- Présence ou non de griffes plus ou moins réductibles
- Vue de dos :
- Varus calcanéen
· Empreintes podoscopiques :
- Elles orientent sur le type de pied creux mais ne font en aucun cas le diagnostic !
- Certains auteurs distinguent 3 degrés de pieds creux en fonction de la diminution progressive de la bande externe, et en fonction de l’importance et de la réductibilité des griffes d’orteils
- Dans un pied creux du 3ème degré, l’empreinte talonnière sera ovoïde
· Conséquences :
- instabilité de l’arrière-pied, avec entorses bénignes fréquentes, surtout à la pratique sportive
- métatarsalgies de type mécanique
- difficulté de chaussage à cause des griffes d’orteils et de la voussure dorsale
- talalgie, par la mise en tension du tendon d’Achille
- griffes d’orteils douloureuses
- myo-aponévrosite plantaire
· Description de la marche :
- démarche sautillante à cause de la verticalisation du calcanéus qui met le triceps sural en course longue. Ceci augmente d’autant plus les métatarsalgies
· Le chaussant :
- déformation de l’empeigne due à la voussure et aux griffes d’orteils
· Examens complémentaires :
- la radiographie indiquera :
- mise en évidence de la voussure dorsale
- angle de Tomens augmenté (angle méta/sol > 25°)
- angle de Djian-Annonier diminué (< 120°)
IV. TRAITEMENTS :
En tant que pédicure-podologue, nous pouvons réaliser des soins pédicuraux afin de pratiquer l’exérèse des durillons plantaires et des cors dorsaux. En rapport avec ces derniers, nous pouvons également confectionner des orthoplasties protectrices ou correctrices suivant le degré de réductibilité des griffes d’orteils.
Associées à ces orthoplasties, nous pouvons également réaliser des orthèses plantaires afin de corriger une éventuelle désaxation du calcanéus, ou de pallier l'insuffisance du triceps sural par une talonnette. Comme autres éléments, on pourra rajouter une BRC qui aura pour but de soulager les têtes métatarsiennes en répartissant les charges. De plus, en cas de douleur invalidante, des orthèses plantaires thermoformées pourrons être réalisées pour une meilleure répartition des appuis. Ces semelles seront particulièrement conseillées pour des chaussures de sport.
En cas de gêne ou de douleur très prononcée, un traitement chirurgical peut être nécessaire. Celui ci se fera en fonction de la souplesse du pied et de la réductibilité des déformations. Ce traitement peut porter :
- sur les parties molles, visant à restaurer la forme du pied par un allongement des parties molles plantaires, ou en pratiquant une horizontalisation des métatarsiens et du calcanéus par transposition musculaire
- sur les parties osseuses, en pratiquant des résections osseuses afin d’aligner le talus et le 1er métatarsien
- arthrodèse de la talo-crurale, du talus, du calcanéus et de l’os naviculaire afin de stopper l’évolution