Epiphysite et apophysite de croissance des membres inférieurs
I. GÉNÉRALITÉS :
Ce sont des ostéodystrophies de croissance qui sont pour la plupart marquée dans leur évolution par un épisode d’ostéonécrose aseptique ischémique par déficit en vascularisation sanguine. Cet épisode est suivi d’une reconstruction osseuse qui aboutira dans la majorité des cas à un os normal, ou à un os déformé.
Dans certains cas, il se produira un phénomène de séquestration : ce sont les ostéonécroses disséquantes.
On retrouve des facteurs favorisants comme la pratique sportive avec ses micro-traumatismes.
On distingues les ostéodystrophies majeures localisées au membre inférieur, et les ostéodystrophies mineures, dont les plus célèbres sont localisées aux pieds.
Mais, ces différentes ostéodystrophies de croissance présentent des points communs :
- survenue chez un sujet jeune
- absence d’étiologie évidente
- existence d’une douleur isolée
- remaniement osseux à la radiographie, mais retardement avec aspect non homogène et même fragmentation
- évolution favorisée par la mise en décharge et par la suspension temporaire des activités sportives
II. LA COXA-PLANA (maladie de Legg-Perthes-Calvé) :
C’est une nécrose ischémique au niveau du noyau d’ossification de la tête fémorale.
Cette pathologie touche l’enfant à partir de 4 ans jusqu’à 10 ans.
Il apparaît une douleur mécanique inguinale par poussés de courtes durées. Cette douleur s’accompagne de boiterie temporaire. Peu à peu, la douleur devient permanente ainsi que la boiterie.
À l’examen, on retrouve une mobilité articulaire conservée sur la flexion-extension, mais déjà altérée sur l’abduction et sur les rotations.
La certitude du diagnostic est radiologique avec aspect anormal de la tête fémorale qui est condensée, non homogène, et même dans certains cas, fragmentée. À un stade plus sévère, il y a même déformation de la tête fémorale qui est aplatie. La radiographie permet également de faire un diagnostic différentiel avec un simple rhume des foins.
Le traitement est une hospitalisation avec mise en traction de hanche très prolongée qui permet d’éviter la surcharge sur l’os en voie de régénération. Malgré ce traitement, la tendance à la déformation de la tête fémorale persiste et la coxarthrose secondaire est à craindre précocement.
III. L’EPIPHYSIOLYSE DES ADOLESCENTS (COXA-VARA) :
C’est une nécrose ischémique au niveau de la région métaphysaire correspondant à la région du col fémoral.
Cette nécrose est très intense et entraîne un glissement de la tête fémorale qui peut aller jusqu’à une séparation à type fracturaire.
Cette pathologie survient entre 10 et 15 ans, surtout chez le garçon, et en particulier sur certains morphotypes (grand et maigre, et obèse).
Le signe d’appel est une douleur inguinale avec boiterie , et dans certains cas, c’est un tableau dramatique : douleur intense inguinale, impotence fonctionnelle absolue, déformation en rotation externe.
À la radiographie, on retrouve des modifications de la métaphyse avec élargissement et aspect non homogène. On constate également le glissement de la tête fémorale dont il faudra évaluer l’importance qui conditionne le traitement.
Le traitement est basé sur la mise en décharge de hanche avec kinésithérapie. Si le glissement est net, c’est la chirurgie avec épiphysiodèse. Ces traitements permettent d’éviter l’évolution fracturaire, mais ne mettent pas à l’abri de la coxarthrose.
IV. OSTÉOCHONDRITE DISSÉQUANTE DU GENOU :
C’est une nécrose ischémique particulière car elle entraîne une dissociation entre l’os nécrosé et l’os sain. Il y donc formation d’un séquestre osseux qui va évoluer de façon irréversible d’abord vers la nécrose totale, puis vers la libération du fragment nécrosé avec formation d’un corps étranger intra-articulaire.
Ce phénomène est possible dans différentes localisations comme la hanche, mais la localisation élective est le condyle interne du genou.
Cette pathologie touche le grand enfant et l’adolescent, surtout le garçon pour des raisons d’activité sportive.
Le signe d’appel est une douleur à la partie interne du genou, avec boiterie et phénomène de blocage qui vont s’intensifier en cours d’évolution en raison de la libération du séquestre. Ce blocage est très différent des blocages méniscaux car il se produit dans des circonstances très variables. Le blocage s’accompagne d’une hydarthrose du genou.
À l’examen, on ne retrouve pas de signes méniscaux et souvent, on palpe le séquestre (souris articulaire).
La radiographie est typique avec deux aspects évolutifs :
- au stade de séquestre non libéré, présence dans le condyle interne d’une zone condensée en forme de lentille cernée par un espace clair
- au stade de libération du séquestre, on retrouve dans le condyle interne une zone inhabitée, la niche, et dans certains cas, un corps étranger qui correspond au séquestre.
Le traitement est d’abord médical : - arrêt temporaire de l’activité sportive
- éventuelle infiltration de corticoïde
Le traitement peut devenir chirurgical si nécessaire :
- au stade du fragment non libéré, c’est la fixation du séquestre
- au stade du fragment libéré, c’est soit l’exérèse du séquestre, soit sa fixation dans la niche
V. LA MALADIE D’OSGOOD-SCHLATTER (apophysite tibiale antérieure) :
Contrairement aux autres pathologies précédentes, il s’agit ici plutôt d’une ostéodystrophie de croissance mineure.
C’est l’atteinte de la tubérosité tibiale antérieure.
Il n’y a pas de nécrose ischémique, mais plutôt un phénomène d’irritation par des insertions situées sur la tubérosité tibiale antérieure. On est dans un modèle d’enthésopathie avec réaction osseuse.
Cette pathologie touche le grand enfant, surtout le garçon, dans certaines pratiques sportives (foot…).
Il apparaît une douleur à la face antérieure du genou lors de la marche ou de la cousre, accompagnée d’un discret œdème en regard de la tubérosité.
Quand la pathologie évolue, il apparaît une déformation en regard de la tubérosité par hypertrophie osseuse. Cette lésion est définitive.
Le retentissement de cette pathologie est très modéré, et en particulier, cette pathologie n’entraîne pas de gonarthrose.
Le traitement est basé sur : - l’arrêt de l’activité sportive
- l’infiltration de corticoïde
- parfois, la kinésithérapie
VI. CONCLUSION :
Le pédicure-podologue joue un rôle plutôt pour les ostéodystrophies de croissance mineures. En effet, ces dernières sont principalement localisées aux pieds. On peut citer par exemple : la maladie de Frieberg, la maladie de Sever, la maladie de Renander, la maladie de Kolher-Mouchet (scaphoïdite tarsienne).