Inégalité de longueur des membres inférieurs
I. INTRODUCTION :
Il existe deux types d’inégalité de longueur :
- L’inégalité de longueur réelle : elle correspond à une différence réelle de longueur anatomique d’un segment à l’autre.
- L’inégalité de longueur fonctionnelle : elle correspond à une inégalité géométrique due à une attitude vicieuse qui peut exister au niveau d’une articulation et qui disparaîtra après correction (flexum ou recurvatum de genou, équin du pied).
Une inégalité de longueur réelle est souvent associée à une inégalité de longueur fonctionnelle.
Les inégalités de longueur peuvent être dues à des malformations congénitales (aplasie), à des lésions tumorales, traumatiques, infectieuses ou paralytiques.
II. EXAMEN CLINIQUE :
L’examen clinique se fait de préférence sur un sujet nu et comportera une étude globale de la statique et de la dynamique.
· Examen en charge :
Il apprécie la statique générale de face, de profil et de dos. L’œil se réfère aux repères horizontaux et verticaux du squelette. Le sujet adopte sa position naturelle : les bras le long du corps, en appui bipodal.
- Examen de face : il peut révéler :
- Une inclinaison latérale du rachis avec un espace thoraco-brachial augmenté
- Une perte de l’horizontalité des ceintures scapulaires et pelviennes, et des patella
- Un valgus ou un varus excessif et asymétrique du genou et de la cheville
- Examen de profil : il permet d’apprécier :
- La position globale du corps, vers l’AV ou l’AR, par rapport à la ligne de charge
- Les anomalies de courbures rachidiennes
- Les antépulsions ou rétropulsions du bassin
- L’existence d’un flexum de hanche ou de genou
- Le bon contact au sol des deux talons
- Examen de dos : il vérifie l’horizontalité :
- De la ligne des crêtes iliaques
- De la ligne des plis fessiers
- De la ligne des creux poplités
- Cet examen permet également d’évaluer le varus ou valgus calcanéen
· Étude de la dynamique :
Elle comporte deux phases :
- Étude de la dynamique du tronc en bipodal : elle se fait en flexion-extension du rachis et permet de différencier les attitudes scoliotiques des scolioses irréductibles (présence d'une gibbosité).
- Étude de la déambulation : elle permet de mettre en évidence des boiteries.
· Examen en décharge :
Dans les grandes inégalités de longueur, il est le seul possible.
Il consiste à pratiquer un examen articulaire afin de rechercher d’éventuelles limitations. Par exemple, au niveau des pieds et des chevilles, on pourra rechercher :
- les raideurs et fixations de la palette métatarsienne
- l’effondrement de l’arche interne et son degré d’enraidissement
- l’existence d’un "Achille court" et ses répercussions
- la réductibilité ou non d’un équin asymétrique…
III. MESURES CLINIQUES DES INÉGALITÉS DE LONGUEUR :
Elles n’ont pas de prétention d’exactitude. Elles constituent une première approche qui doit être interprétée par la suite.
La plupart du temps, ces mesures se font en décubitus et nécessite la correction préalable de toutes les attitudes vicieuses mises en évidence debout. Une fois que le patient a les deux jambes jointes, nous pratiquons des mesures segmentaires :
- la cuisse se mesure du sommet du grand trochanter à l’interligne du genou
- la jambe se mesure de l’interligne du genou à la malléole interne
- le pied se mesure de la malléole interne au sol (ou planchette)
IV. EXAMENS COMPLÉMENTAIRES :
· Le scanographe : il se fait bilatéralement et comporte trois clichés successifs centrés sur les chevilles, les genoux et les hanches. Les clichés sont pris sur un sujet debout avec une règle graduée sur le même plan. Les distances entre les interlignes articulaires peuvent être mesurées grâce aux graduations apparaissant sur les clichés.
· La téléradiographie : prise en position debout, elle permet, sur un cliché unique, de visualiser en entier le squelette des membres, de les mesurer, d’apprécier leurs axes et les déviations angulaires. Afin de diminuer le rapport d’agrandissement, une distance voisine des 3 mètres est nécessaire entre le sujet et la lampe.
V. TRAITEMENTS :
Il faut distinguer les traitements de l’enfant et de l’adulte :
- pour l’adulte, l’inégalité est fixe : on peut donc d’emblée décider de la thérapeutique
- pour l’enfant, il faut estimer le pronostic de l’inégalité en fin de croissance
Les grandes inégalités sont du domaine chirurgical :
- raccourcir le membre inférieur le plus long au niveau du fémur
- allongement du membre le plus court de façon progressive par l’intermédiaire de fixateurs externes (1 mm/jr)
Pour les petites inégalités de longueur (3 à 5 cm), on peut également avoir recourt à la chirurgie et notamment à une épiphysiodèse qui consiste à bloquer le cartilage de croissance du membre le plus long.
Pour les petites inégalités géométriques, notre rôle sera de corriger les troubles statiques par orthèse plantaire, globalement supinatrice pour le valgus et pronatrice pour le varus. Ce n’est qu’en cas de persistance de l’inégalité qu’on procédera à un léger rattrapage de hauteur du coté le plus court par l’adjonction d’une talonnette.
Pour les petites inégalités anatomiques, la correction par orthèse plantaire se fera par l’intermédiaire d’une talonnette, ou mieux, par une surélévation totale du pied afin que ce dernier ne soit pas en équin. Cette surélévation peut être faite par un cordonnier en augmentant l’épaisseur de la semelle externe des chaussures.
Par ailleurs, une inégalité de 3 cm pourra bénéficier d’une correction mixte, interne (2,5 cm maximum) et externe à la chaussure.
VI. CONCLUSION :
Cette correction d’inégalité de longueur devra impérativement, d’après le cahier des charges, se faire sur prescription médicale avec à l’appui des radiographies bilatérales.
De plus, dans tous les cas, il est préférable que la compensation de hauteur soit sous-correctrice car la correction totale peut être intolérable.