Anomalies rotationnelles du membre inférieur
I. DÉFINITION :
Il s’agit d’un défaut de torsion fémorale ou tibiale qui provoque la déformation du squelette dans l’axe longitudinal.
Physiologiquement, il se produit des torsions lors de la croissance qui sont contrôlées par des facteurs mécaniques (obésité) et génétiques :
· Au niveau du squelette jambier :
- à la naissance, la pince bimalléolaire est frontalisée = 0°
- durant la croissance, vers 4 ou 5 ans, le squelette jambier subit une torsion tibiale externe = 20°
- à l’âge adulte, la torsion tibiale externe est de 40°
· Au niveau fémoral :
- à la naissance, l’angle d’antéversion, ou angle de déclinaison ( = angle entre le col et l’axe bicondylaire), est très ouvert en avant et en dedans = 35°
- durant la croissance, il se ferme progressivement pour atteindre 20° à l’âge de 5 ans
- à l’âge adulte, cet angle est de 15°
Ainsi, c’est le dépassement de ces phénomènes physiologiques de torsion qui conduit aux anomalies rotationnelles. Celles ci retentissent sur la position du pied avec des incidences fonctionnelles au niveau de la marche.
II. MESURE DES TORSIONS AXIALES :
· L’antéversion fémorale :
- à l’examen clinique, on retrouve une rotation interne passive supérieure à la rotation externe
- méthode de Netter : position en décubitus ventral, genou fléchi, et on cherche à placer le grand trochanter le plus parallèle à la table : on note alors la position de la jambe
- la mesure radiologique se fera sur des hanches en abduction de 45° et en flexion de 90°
- actuellement, l’échographie est la plus utilisée chez l’enfant, et le scanner chez l’adulte
· La torsion tibiale :
- À l’examen clinique, sur un sujet en décubitus dorsal, on place les rotules au zénith et c’est le plan bimalléolaire qui donnera la mesure de la torsion tibiale externe
- Radiographie
- Scanner
III. LES PRINCIPAUX VICES DE TORSION :
· Le syndrome de coxa antétorsa :
- alors que l’enfant devrait normalement marcher en rotation externe, il marche les pieds en dedans grâce au muscle psoas qui, en appuyant sur la face antérieure du col, oblige à une rotation interne
- l’antéversion de hanche est par définition supérieure au double de la normale
- ce syndrome est du, en partie, à certaines positions : T.V. position, sommeil en décubitus ventral
· Le déficit de torsion tibiale externe ou syndrome de torsion tibial interne :
- cliniquement, genoux de face, les pieds sont en dedans et la pince bimalléolaire est frontale
- radiologiquement, la fibula est cachée derrière le tibia en haut et s’écarte en bas
- l’origine est souvent congénitale
- l’évolution est spontanément favorable vers l’âge de 4 ans
· Le syndrome de torsion tibiale externe :
- cliniquement, genoux de face, l’angle de Fick et l’axe bimalléolaire sont augmentés
- le plus souvent, cette rotation est associée à une antétorsion fémorale
IV. CONSÉQUENCES DES VICES DE TORSION :
· Sur la hanche :
- modification des pressions sur le cotyle ce qui favorise l’arthrose
- la hanche est moins stable par défaut de couverture compensée en général par une hyperlordose lombaire
· Sur le genou :
- il est à la croisée des torsions : c’est donc la rotule qui en pâtit
- les torsions fémorale et tibiale modifie le rôle et la force du quadriceps : elles augmentent les contraintes rotuliennes ainsi que l’instabilité rotulienne par augmentation de la force luxante (angle entre le tendon quadricipital et le tendon rotulien)
- recurvatum de genou
- laxité rotatoire exagérée
· Sur le pied :
- Antéversion fémorale et pied :
- pied plat valgus par compensation de la rotation interne au niveau de la subtalaire
- la position du pied permet de porter un pronostic sur l’avenir de la hanche :
- marche en rotation interne : hanche protégée
- marche en rotation normale ou exagérée par forte rotation tibiale externe : hanche menacée
- Torsion tibiale et pied :
- lorsque la torsion tibiale externe est forte, le pied est déjeté en dedans. Il existe alors deux possibilités en fonction du système musculaire intrinsèque et extrinsèque du pied ainsi que du ligament glénoïdien :
- s’ils sont faibles, on rencontrera des pieds plats
- s’ils sont puissants, on rencontrera alors des pieds creux
V. TRAITEMENTS :
Il convient au préalable de suivre l’évolution sur au moins trois années consécutives.
· La prévention :
- supprimer la position T.V. et le sommeil en décubitus ventral
- favoriser la pratique des sports ou la rotation interne n’est pas gênante : le vélo
· La rééducation :
- équilibrer les rotations par le travail des hanches
- en cas d’antétorsion fémorale, il faut travailler le psoas
· La podologie :
- chez l’enfant : - OP de stimulation si le test de Jack est positif
- OP de calage si le test de Jack est négatif
- conseils de chaussants : chaussures à tige montantes
- chez l’adulte : OP de calage le plus souvent
· La chirurgie :
- elle se fera jamais avant 12 ans, et toujours après un scanner
- on utilise le plus souvent les dérotations fémorales