Entorse du LLE (ligament latéral externe) de la tibio-tarsienne
I. DÉFINITION :
C’est une atteinte capsulo-ligamentaire qui va de la simple distension à la rupture, avec perte des rapports normaux au niveau de l’articulation.
Au niveau de l’articulation talo-crurale, dans la plupart des cas, c’est le ligament latéral externe qui est touché. Le mécanisme est celui d’un mouvement forcé du pied en varus.
On distingue trois types d’étiologie :
- entorse traumatique
- entorse pathologique, surtout dans les maladies constitutionnelles, voire héréditaires, à type d’hyper-laxité
- entorse récidivante, soit chez un sujet hyper-laxe, soit à la suite d’une entorse traumatique
II. SIGNES DE GRAVITÉ :
· Les entorses bénignes (simple élongation) et les entorses de gravité moyenne (rupture partielle) :
C’est le déroulement des événements cliniques qui est typique, car il se fait en trois temps :
- Lors de l’accident, la douleur est immédiate, intense, avec impotence fonctionnelle importante. Ces signes persistent quelques minutes.
- Au bout de quelques minutes, la douleur diminue, ainsi que l’impotence fonctionnelle, et l’amélioration va se poursuivre pendant plusieurs heures aboutissant parfois à la disparition des symptômes ou à des signes mineurs.
- Au bout de plusieurs heures, la douleur réapparaît ou se majore et, pendant plusieurs heures, cette douleur s’intensifie avec une impotence fonctionnelle relative. C’est à ce moment que la plupart des patients vont consulter.
Le gonflement est également typique, car il est souvent différé, sous la forme d’un œdème péri-malléolaire, et ensuite, sous la forme d’une hémorragie ou d’une ecchymose, surtout s’il s’agit d’une entorse de gravité moyenne.
· Les entorses graves (rupture complète) :
On retrouve une douleur intense, une impotence fonctionnelle absolue et un œdème immédiat, avec hémarthrose, hématome ou ecchymose.
Le signe fondamental est la présence de mouvements anormaux, soit de latéralité, soit antéro-postérieurs, dits mouvements de tiroir. L’existence d’une bascule antérieure du talus ou d’une luxation antérieure de la tête du talus signe la gravité de l’entorse.
La recherche de ce signe pose problème pour deux raisons :
- La douleur
- Les contractures antalgiques qui empêchent les mouvements anormaux
Dans la plupart des cas, il faut donc rechercher ces mouvements anormaux, après avoir pratiqué une anesthésie.
III. COMPLICATIONS :
L’entorse bénigne guérit spontanément, sans séquelle, mais la douleur reste longtemps.
Les complications sont plus fréquentes et plus sévères en cas d’entorse grave. Les principales complications sont les suivantes :
- entorses récidivantes pour des micro-traumatismes de plus en plus mineurs
- instabilité chronique avec impotence fonctionnelle relative
- installation progressive d’une arthrose
- capsulite rétractile avec diminution de l’amplitude de la mobilité articulaire
- existence d’interpositions tendineuses et de fragments ostéo-cartilagineux libres imposant une intervention chirurgicale
- algoneurodystrophie réflexe
IV. TRAITEMENTS :
Ils diffèrent selon le degré de gravité, mais également selon le terrain :
· Pour les entorses bénignes :
- Antalgiques
- Anti-œdémateux
- Immobilisation par contention élastique ou plâtrée de courte durée
· Pour les entorses graves :
- Immobilisation plâtrée : elle a un coût faible et présente de très bon résultat (98 %). Mais, elle est contestée car elle est défavorable sur la cicatrisation, sur le cartilage (ramollissement), sur l’os (ostéoporose), sur les muscles (atrophie), sur la trophicité (raideurs et algoneurodystrophie), et surtout, risque de récidive d’instabilité résiduelle
- Protocole RICE : Repos, Ice, Compression, Élévation
- Attelles rigides, gonflables et amovibles présentent de nombreux avantages :
- elles favorisent la cicatrisation ligamentaire en remodelant les tissus
- elles sont efficaces sur le varus et apportent une excellente stabilité
- elles permettent la marche avec appui, en respectant la mobilité tibio-tarsienne
- elles diminuent le risque des troubles trophiques
- elles diminuent la durée de l’arrêt du travail et de l’arrêt sportif de 2 à 4 fois
- elles peuvent être utilisées en post-opératoire
Les inconvénients de ces attelles sont moindres :
- le prix
- elles doivent être portées jours et nuits
- Le traitement chirurgical : à type de tension capsulo-ligamentaire
- Avantages : - il affronte les tissus en bonne position et permet de les retendre, d’explorer l’articulation et de trouver des fractures ostéo-chondrales
- il apporte une grande stabilité
- Inconvénients : - risque de complications nerveuses, cutanées ou infectieuses
- risque de troubles trophiques à type d’œdème et de raideur
- coût important du à l’hospitalisation, l’arrêt de travail ainsi que la reprise tardive de l’activité sportive
- La rééducation : quel que soit le type de traitement, elle sera utilisée de façon plus ou moins prolongée, d’abords de récupération articulaire, puis musculaire et enfin proprioceptive.
La tendance actuelle est le protocole RICE, la rééducation et l’utilisation de l’attelle amovible qui peut être associée au traitement chirurgical, pour les entorses avec laxité majeure du grand sportif, ou dans le cas ou existent des lésions osseuses associées, ou des fractures ostéo-chondrales.
V. CONCLUSION :
Le pédicure-podologue intervient dans la prévention, en traitant les troubles statiques pouvant favoriser les entorses du ligament latéral externe de la cheville.
On peut également intervenir en post-traumatique, en réalisant des orthèses plantaires pour améliorer l’adaptation du pied au sol, et si nécessaire, traiter les nouveaux troubles statiques, essentiellement les instabilités séquellaires de cheville, en association avec un kinésithérapeute.