Diagnostic des pieds creux de l'adulte
I. GÉNÉRALITÉS :
Le pied creux est caractérisé par une augmentation du cavus interne, avec rapprochement des points d’appuis antérieur et postérieur.
On distingue trois types de pied creux :
- le pied creux antérieur
- le pied creux postérieur
- le pied creux mixte
II. DIAGNOSTIC POSITIF :
Il se fera lors de l’examen clinique en charge et en décharge, ou l’on observera des critères particuliers en fonction des différentes catégories de pied creux.
· Signes cliniques en décharge :
- Présence de griffes d’orteils :
- Surtout pour les PC antérieurs, mais pas pour les PC postérieurs ou mixtes
- Elles sont plus ou moins réductibles
- Présence d’une voussure dorsale :
- Elle est visible et palpable
- Possibilité d’une tuméfaction si conflit avec le chaussant
- Localisée au niveau de Lisfranc pour le PC antérieur
- Localisée au niveau de Chopart pour les PC postérieurs ou mixtes
- Présence d’une dénivellation résiduelle :
- Elle correspond à la distance entre les plans talonniers antérieur et postérieur, lorsque la talo-crurale est à 90°, et, après réduction
- Elle est présente pour les PC antérieurs (supérieure à 1 cm) et correspond à une verticalisation de la palette métatarsienne. Cette dénivellation résiduelle peut être présente uniquement en interne
- Elle est absente pour les PC postérieur et mixte, par compensation entre la verticalisation du calcanéus et celle des métatarsiens
· Signes cliniques en charge :
- Vue de profil interne :
- Augmentation du cavus dont le sommet peut se trouver au niveau de Lisfranc ou de Chopart suivant le type de pied creux
- La hauteur du processus naviculaire est augmentée
- La hauteur sous tégumentaire est augmentée
- L’angle méta/sol est augmenté (> 25°)
- Verticalisation du calcanéus : décollement de la partie antérieure du talon
- Vue de profil externe :
- Possibilité d’un décollement de la styloïde du 5ème métatarsien
- Existence d’une arche externe
- Vue de face :
- Présence ou non de griffes plus ou moins réductibles
- Vue de dos :
- Varus calcanéen
- Les empreintes :
- Elles orientent sur le type de pied creux mais ne font en aucun cas le diagnostic !
- Certains auteurs distinguent 3 degrés de pieds creux en fonction de la diminution progressive de la bande externe, et en fonction de l’importance et de la réductibilité des griffes d’orteils
III. DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
Par rapport à l’aspect des empreintes, on pourrait faire un diagnostic différentiel avec le pied valgus, car il y a également une disparition de la bande externe. Mais, le pied valgus et le pied creux sont très différents par leurs tableaux cliniques. De plus, sachant qu’un examen clinique ne se base pas uniquement sur les empreintes podoscopiques, ce diagnostic différentiel sera très souvent inutile.
Par ailleurs, dans l’examen clinique, il faudra mettre en avant les examens paracliniques, et en particulier la radiographie dans le cas d’un pied creux postérieur ou mixte, qui ne sont pas toujours évident à diagnostiquer :
- mise en évidence de la voussure dorsale
- angle de Tomens augmenté (angle méta/sol > 25°)
- angle de Djian-Annonier diminué (< 120°)
- angle de Hibbs diminué
- axe de Méary coudé (droite qui relie la tête du 1er métatarsien, la diaphyse du métatarsien, au talus : si cette droite est cassée, cela signe une verticalisation du 1er métatarsien)
IV. DIAGNOSTIC ÉTIOLOGIQUE :
Les pieds creux présentent de nombreuses étiologies possibles :
- développement de la croissance osseuse plus rapide que celui de la croissance musculaire : ceci, à cause de la loi de Delpech va engendrer une croissance plus rapide en dorsale
- séquelle de pied talus chez l’enfant
- pathologies neurologiques : C’est en fait la seule étiologie valable. On peut citer par exemple :
- une hérédo-dégénérescence spino-cérébelleuse, avec :
- la maladie de Friedreich qui est un syndrome pyramidal associé à un syndrome cérébelleux. C’est une pathologie neurologique centrale. On retrouvera donc des troubles de la motricité, des troubles cérébelleux et des troubles trophiques. Le signe de Babinsky sera positif, et il y aura aussi une abolition des ROT. Les pieds creux sont en général bilatéraux et symétriques.
- la maladie de Charcot Marie Tooth qui est une amyotrophie neurologique périphérique héréditaire avec atteinte de la loge antéro-latérale et postérieure de la jambe. On retrouvera une paralysie flasque.
- une anomalie displasique du rachis lombo-sacré, avec :
- spina-bifida, qui est une atteinte périphérique et qui correspond à une anomalie de fermeture de l’arc neural (tache pileuse au niveau du rachis lombaire).
- une affection neurologique ou musculaire, avec :
- myopathie, qui est une dystrophie musculaire progressive. C’est une maladie héréditaire avec atteinte des cellules musculaires qui entraîne des déficits moteurs associés à des rétractions aponévrotiques.
- séquelle de poliomyélite qui est une infection du système nerveux par un virus qui donne une atteinte de la corne antérieure de la moelle (donc atteinte motrice). Elle donne des paralysies diffuses bilatérales et asymétriques donnant des troubles de la croissance.
Ainsi, devant tout pied creux, on devra faire une enquête étiologique précise pour aller rechercher des troubles neurologiques. On fera un examen neurologique complet : études de la motricité volontaire et involontaire, de la sensibilité superficielle et profonde et de la trophicité.
V. CONCLUSION :
Les principaux motifs de consultation en cas de pieds creux sont :
- métatarsalgie ou talalgie
- griffes d’orteils douloureuses
- instabilité de cheville
- douleur aponévrotique
En tant que pédicure-podologue, nous pourrons pratiquer des soins de pédicurie pour l’exérèse des cors et des durillons sous les têtes métatarsiennes, mais nous pourrons aussi confectionner des orthoplasties protectrices ou correctrices en rapport avec les griffes d’orteils et les cors dorsaux.