Chondrocalcinose articulaire
I. GÉNÉRALITÉS :
Elle est également appelée pseudo-goutte. La CCA est une pathologie métabolique qui touche les articulations au niveau du cartilage de revêtement, mais également dans les tendons.
Cette pathologie est caractérisée par des dépôts de calcium (pyrophosphate de calcium) au sein du cartilage. Ces dépôts ont deux conséquences :
- libération de ces cristaux avec inflammation de la synoviale (pseudo-goutte).
- dégénérescence progressive du cartilage en raison de la fragilisation de celui-ci par les dépôts : c’est une arthrose particulière par son intensité, sa multiplicité de localisation et par sa rapidité d’évolution.
II. ÉTIOLOGIES :
Cette CCA peut survenir dans deux contextes :
- soit elle est primitive avec un terrain typique : sujet âgé, prédominance féminine
- soit elle est secondaire à certaines pathologies comme l’hyper-parathyroïdisme
En effet, les glandes parathyroïdes fabriquent une hormone capitale, la parathormone, qui contrôle une constante vitale : la calcémie.
La parathormone est hyper-calcémiante de trois façons :
- augmentation de l’absorption intestinale du calcium
- solubilise le calcium osseux
- diminution de l’élimination urinaire
Dans l’hyperparathyroïdisme, il s’agit soit d’une hyperplasie, soit d’une tumeur bénigne, soit d’une tumeur maligne. Dans cette pathologie s’installe une hyper-calcémie avec résorption osseuse entraînant des dépôts dans le cartilage, mais également dans la peau (prurit) et dans les reins.
III. MANIFESTATIONS CLINIQUES :
On oppose deux types de manifestations :
· Les arthrites aiguës :
Ce sont des crises d’arthrites suraiguës aussi violentes que celles de la goutte. Le terrain est en général très différent de celui de la goutte et les localisations sont différentes :
- les genoux
- les épaules
- assez souvent les pieds, surtout aux niveaux des AMTP
L’évolution est également différente car la crise est spontanément plus durable que la goutte. Et surtout, cette crise survient sur un fond arthrosique.
Dans ces arthrites, il y a souvent un épanchement articulaire volumineux qui correspond à une hémarthrose.
· L’arthrose de la CCA :
Elle existe avant même la survenue des crises. Cette arthrose s’exprime cliniquement par les signes habituels (douleur mécanique avec diminution de mobilité articulaire…), mais certaines particularités sont évidentes :
- existence d’une polyarthrose
- atteinte de localisations articulaires inhabituelles : poignet, cheville, subtalaire
- évolution rapide de la maladie sous forme d’arthrose destructrice rapide
Sur le plan radiologique, cette arthrose est également particulière :
- importance des lésions destructrices osseuses
- ostéophytes exubérants
- corps étrangers intra-articulaires qui sont des ostéophytes rompus
- présence dans l’interligne d’une opacité linéaire : le liseré calcique
Ces images radiologiques et surtout les liserés calciques se voient particulièrement bien aux genoux, à la symphyse pubienne et aux mains, au niveau du ligament triangulaire du carpe.
IV. DIAGNOSTIC :
Il est évoqué cliniquement devant un sujet âgé qui présente un fond arthrosique multiple avec survenue d’un épisode inflammatoire subaiguë.
La certitude est souvent radiologique sur la constatation des liserés calciques et des ostéophytes exubérants avec corps étrangers.
La véritable certitude serait biologique : découverte dans le liquide articulaire de cristaux de pyrophosphate de calcium.
Une fois la CCA affirmée, se pose le problème d’une éventuelle étiologie surtout de l’hyperparathyroïdisme par dosage du calcium et du phosphore dans le sang et les urines (bilan phospho-calcique).
V. TRAITEMENTS :
Il est parfois étiologique à type de chirurgie : ablation des parathyroïdes.
Pour les CCA primitives, il n’y a pas de traitement étiologique. Le traitement est celui d’une arthrose à potentiel destructeur intense avec antalgiques, AINS, mise en décharge fréquente et, précocement, intervention chirurgicale à type de prothèse totale.
Lors de la poussée d’arthrite suraiguë, on utilise les AINS, mais il faut souvent immobiliser l’articulation.
La kinésithérapie est souvent nécessaire pour conserver une mobilité articulaire, une force musculaire et pour empêcher ou retarder les attitudes vicieuses.